À quoi va ressembler, selon vous, le Nord du Canada dans 15 ans d’ici?

Je ne pense pas que le Nord va changer autant que certains le pense. Le changement climatique aura un effet, mais pas de l’ampleur dont on parle. Les changements seront de faible envergure et ils fluctueront. Je ne pense pas que nous constaterons une forte extension de l’intensité du développement. Il y aura plus de mines et d’autres exploitations de ressources mais, je le suspecte, à une échelle plus modeste que ce à quoi les gens s’attendent.

Quelles régions selon vous seront les plus touchées?

Si vous êtes comme la plupart des Canadiens, lorsque vous mentionnez le Nord canadien, vous faites probablement allusion au Yukon et aux Territoires du Nord-Ouest. Du point de vue économique, la partie la plus importante s’étend en fait du Labrador à la Colombie-Britannique du Nord. Cette région est déjà en pleine essor. Les grands projets dans des secteurs comme l’électricité, le transport maritime, la foresterie et d’autres activités liées aux ressources occupent une place majeure dans le développement économique du Canada; notre avenir économique repose sur ces projets.

Au cours des quinze prochaines années, le fait que les communautés autochtones sont devenues beaucoup plus autonomes donnera des résultats. Des communautés qui étaient auparavant très appauvries vont tenter de relever ces grands défis et de tirer parti des possibilités socioéconomiques. Le progrès économique sera lié au secteur des ressources qui continuera de se consolider dans toutes les régions nordiques.

Vous verrez aussi une augmentation dans le recrutement des Autochtones. On peut déjà constater cela dans le domaine de l’exploitation des ressources dont la main d’œuvre inclut un pourcentage beaucoup plus élevé d’Autochtones que tout autre secteur. Et cette tendance va continuer dans l’avenir. Ces communautés Autochtones seront plus fortes, plus résilientes et plus qualifiées. Il faudra plus d’une génération pour surmonter le traumatisme du passé, mais les statistiques affichent déjà les progrès réalisés, comme l’augmentation des taux d’obtention du diplôme d’études secondaires chez les Autochtones.

Quelle incidence la technologie risque-t-elle d’avoir sur le secteur des ressources ― et sur le développement économique global du Nord canadien?

Nous observerons une accélération très rapide de la technologie qui remplacera la main-d’œuvre dans presque tous les secteurs de l’économie canadienne. La mesure dans laquelle la nouvelle technologie va détruire les emplois et transformer la population active sera sans précédent dans sa vitesse et sa magnitude. Je présume que l’impact sera absolument traumatique dans l’ensemble du pays. Dans 15 à 20 ans d’ici, les gens considérerons les conversations que nous avons aujourd’hui comme appartenant à une époque révolue, presque archaïque.

Le Nord va ressentir cela très fortement. L’augmentation de la dépendance à l’égard des travailleurs qui font la navette en avion pourrait cesser du fait que les mines seront gérées presque entièrement à partir du Sud, par l’entremise de machine commandée à distance, de drones et d’autres innovations technologiques.

Voyez-vous ces changements comme étant spécifiques au Nord canadien?

La manière dont le Canada conduit ses affaires dans le Nord du Canada va changer radicalement. Le Nord est plus vulnérable aux changements technologiques du fait que les possibilités économiques y sont relativement moins nombreuses. Si de plus en plus de ces activités économiques s’orientent vers la commande des opérations à distance, l’effet sera plus perceptible. Compte tenu du coût élevé du recrutement et de la rétention de la main-d’œuvre dans le Nord, les entreprises seront désireuses de trouver des solutions technologiques.

Les ressources du Nord vont prendre de plus en plus de valeur au fil du temps. Les prix et la demande vont augmenter. Je ne prévois dans l’ensemble aucun déclin dans les activités liées à des ressources majeures, mais elles ressentiront des fluctuations. De façon générale, nous enregistrerons une économie forte et robuste dans le secteur des ressources et une plus grande participation des Autochtones ― mais aussi un déclin de la main-d’œuvre résultant de ces nouvelles technologies.

Combien de temps peut durer ce boom dans le secteur des ressources?

Eh bien, nous en avons à peine effleuré la surface. Nous ne cessons de découvrir de nouvelles mines tout près d’une mine que l’on avait récemment considérée comme étant « la dernière ». Nous possédons des exploitations de ressources minérales datant des années 50 que nous n’avons pas encore touchées parce que les prix n’étaient pas favorables et que les possibilités d’extraction pausaient des défis technologiques. Nous exploitons en premier les ressources les plus faciles et les plus précieuses. En ce qui a trait aux régions du Nord, nous avons du travail pour les deux prochains siècles. Nous en avons encore pour longtemps avant d’épuiser ces possibilités d’exploitation.

Qu’en est-il des revendications territoriales en instance? Quelles répercussions auront-elles sur la façon dont le Nord canadien mènera ses affaires?

Les revendications territoriales en instance ont une répercussion importante sur l’emploi et le développement économique. Du côté positif, le traité de la Saskatchewan et le processus relatif aux droits fonciers ont rapporté beaucoup d’argent aux Autochtones en compensation pour des traités mal rédigées datant de plusieurs siècles.

Nous remarquons déjà une croissance rapide des sociétés de développement autochtones qui sont devenues des forces majeures dans l’économie canadienne. Ces sociétés de développement sont des sociétés autochtones, des sociétés communautaires ou des sociétés de portefeuille contrôlées par les bénéficiaires ayant souvent d’autres entreprises qui relèvent d’elles. Bon nombre de ces sociétés de développement autochtones détiennent des actifs s’élevant à des centaines de millions de dollars. Elles utilisent ces fonds pour investir dans des entreprises locales, pour former la main-d’œuvre autochtone ou pour améliorer leurs communautés. Nous pouvons en fait voir une augmentation plus rapide que prévue de l’emploi chez les Autochtones, surtout auprès d’entreprises autochtones.