Lorsque j’ai commencé, il y avait trois catégories d’emplois. La majorité des emplois étaient des emplois raisonnables, offrant un revenu raisonnable, des défis raisonnables, des conditions de travail raisonnables. Et puis il y avait quelques emplois excellents; des emplois idéaux. À l’opposé se trouvaient des emplois horrifiants, dans lesquels la seule façon d’agir sensée était de démissionner.

Dans l’avenir, je ne serais pas surpris si l’ensemble des emplois « raisonnables » disparaissaient. J’ai constaté une augmentation marquée du nombre des emplois enviables. C’est une bonne nouvelle. Mais voici la mauvaise nouvelle : le nombre des emplois épouvantables est également à la hausse. Du point de vue d’un postulant, les chances de se trouver à l’une ou l’autre des deux extrémités du spectre sont égales. La tâche ne sera pas facile pour ceux qui cherchent un emploi « raisonnable » car ceux-ci sont proportionnellement plus difficiles à trouver.

Quelles sont alors les caractéristiques d’un emploi « horrifiant »?

Le premier élément est de faire un travail pour lequel vous n’êtes pas qualifié. Vous entendrez le terme « surqualifié » : une description qui s’applique à 27 % des candidats sur le marché du travail canadien, ce qui nous classe parmi les meilleurs au monde. Si vous êtes surqualifié, vous possédez probablement des compétences très différentes de celles qui sont requises, et vous n’êtes donc pas qualifié — cela ne signifie pas que vous êtes incapable d’exécuter le travail. Vous pourriez accomplir les fonctions d’un commis chez WalMart tout en étant diplômé en biochimie, mais vous n’excelleriez pas du fait de la disparité flagrante entre votre éducation et vos responsabilités.

Le deuxième élément, dans le contexte d’un problème plus vaste, est la charge de travail et la pression qui y sont associées. Les gens travaillent des heures de plus en plus longues, du fait de l’Internet, un outil d’esclavage parfait promu par Blackberry et Twitter et d’autres plateformes adaptées aux médias sociaux et aux téléphones intelligents. Cela a dramatiquement prolongé la journée de travail. Si vous aimez ce que vous faites, cela pourrait être une bonne chose. Mais s’il s’agit d’un emploi tout au plus « acceptable », cet emploi pourrait bien vite devenir détestable. Et comme nous vivons dans un monde impitoyable, le risque d’échec s’accentue. Vous subissez une pression accrue pour travailler plus longtemps, plus vite et sans faire d’erreur.

Il y a des décennies, tout ce que l’on demandait aux jeunes était d’obtenir l’éducation et la formation appropriée. Alors que la concurrence mondiale s’accroît, les employeurs demandent à présent tout cela — plus une expérience liée à l’emploi. L’Université de Waterloo place presque 20 000 étudiants par an dans le programme coopératif. Les universités américaines sont loin de réaliser ce chiffre. Les avantages de cela sont évidents si l’on en juge par l’augmentation des programmes coopératifs déployés dans d’autres universités. Les employeurs considèrent ce programme comme un genre de processus à long terme d’investissement dans le recrutement, dans le contexte duquel les étudiants peuvent postuler l’emploi. Le problème est que cette stratégie ne suffit toutefois plus. Quoi que vous fassiez aujourd’hui, il vous faudra en faire plus demain. Mais il nous faut pourtant dormir et prendre soin de nos besoins physiques. Alors pour l’amour du ciel, il va nous falloir nous lever à 4 h. Nous courons à la catastrophe.

Selon moi, pour obtenir un de ces emplois « exceptionnels », le travail doit vous passionner et il vous faudra aussi donner le meilleur de vous-même. Si vous demandez à quiconque a) de recevoir une éducation appropriée, b) d’acquérir une expérience liée à l’emploi et c) de formuler une multitude de nouvelles idées, comment donc pourriez-vous demander à quelqu’un d’accomplir tout cela si le domaine au sein duquel il essaye de le faire ne l’intéresse pas? La motivation de vouloir conserver l’emploi pourrait vous aider à tenir bon, mais vous seriez en concurrence avec à quelqu’un qui non seulement concevrait ces idées, mais qui serait aussi animé d’une passion pour ce domaine.

Le grand défi de notre siècle est le suivant : combien de personnes allons-nous abandonner dans des emplois sans avenir et hyperstressants? Beaucoup trop, je ne le crains. Je redoute une énorme perte de talent. Chaque année au cours de laquelle vous n’utilisez pas votre talent est une année que vous-même et l’humanité ne retrouverez jamais. Le monde se détériore du fait que tant de gens ne se servent pas de leur talent. Comprendre cela du point de vue des étudiants, des enseignements et des parents est une question de dialogue — ce qui n’est pas la même chose que de dire aux étudiants ce qu’ils doivent faire.

Il est ridicule de croire que le parent et l’enfant pourrait avoir une discussion sérieuse si les deux n’ont pas suffisamment de courage pour tolérer l’incertitude. Suffisamment de courage pour que le parent puisse envisager la possibilité que la carrière qu’il avait envisagée n’est plus une option. Ou suffisamment de courage pour que l’enfant puisse proposer des idées susceptibles de menacer la contribution financière de ses parents envers son éducation.

En qualité de jeune personne, vous ne devriez pas minimiser la difficulté de rompre avec les traditions établies. C’est en s’appuyant sur les règles du passé que les jeunes essayent de comprendre ce qu’ils doivent faire ensuite. Ils sont remplis d’incertitude; ils vont aller chercher des idées établies et tenter de fonctionner à l’intérieur de celles-ci. Lorsqu’ils constatent que ces idées établies ne marchent pas, il leur faut beaucoup de courage pour relever le défi. L’avenir du marché de l’emploi peut paraître effrayant. Mais, d’un autre côté, si vous avec toujours peur de suivre votre passion alors, selon moi, vous allez devoir vous débattre pendant les 50 prochaines années. Les talents des gens ne peuvent pas s’épanouir dans ces circonstances.

Trouver sa passion exige des efforts, et vous pouvez procéder de maintes façons. Vous pouvez parler à des gens. Vous pouvez lire. C’est une exploration intense d’expériences. Les gens trouvent leurs passions partout. Ils les trouvent en marchant dans la rue, dans les musées ou lors de conversations banales.

Comment faire pour la trouver? Voici l’épreuve décisive : aimez-vous y penser? Si c’est le cas — et si vous ne pouvez pas vous empêcher d’y penser – alors vous l’avez découverte.