En toute franchise, je n’ai jamais été formé pour le travail que je fais ou pour la recherche que je mène actuellement. Ce genre de formation n’existait pas il y a dix ans. J’ai toujours été intéressé par ce qui a trait à l’anatomie et à la neurologie. Comment donc nos fonctions peuvent-elles être si harmonieusement gérées à l’intérieur de cet organisme désordonné, biologique et sans cesse changeant que l’on appelle un « corps »? À cette époque-là, je voulais aider à résoudre le problème concernant la façon dont le système nerveux automatique régularise l’afflux sanguin chez les mammifères en utilisant les données fournies par le système vestibulaire. Comment pouvons-nous nous tenir debout dans la pesanteur terrestre sans que tout notre sang ne s’accumule dans nos pieds? Mes sujets de recherche se sont depuis considérablement étendus.

Notre monde devient de plus en plus numérique et le domaine de la recherche anatomique et pédagogique ne fait pas exception à ce phénomène. L’évolution numérique offre d’énormes possibilités. Bien que nous disposions de merveilleuses technologies de balayage tridimensionnel en médecine, notre capacité à enseigner la prochaine génération d’utilisateurs reste parfois quelque peu traditionnelle. Aborder un aspect de cette dichotomie met en évidence l’objectif de mon laboratoire, le CRIPT. Nous utilisons ici des données visuelles dérivées d’imagerie tomographique informatisée, d’imagerie par résonnance magnétique, et même des données photographiques provenant de dépouilles humaines pour développer des objets numériques d’apprentissage tridimensionnels. Ces outils visuels extrêmement riches peuvent apporter un complément aux études modernes d’un étudiant, ou à tout scénario clinique. Non seulement pouvons-nous améliorer notre capacité de voir à l’intérieur du corps, mais nous pouvons aussi examiner la qualité de l’apprentissage reçu par des étudiants qui utilisent des outils de formation complexes, et même explorer les conséquences physiologiques et cognitives de l’utilisation de ces outils.

Tandis que l’éducation et la formation progressent davantage dans les domaines du numérique, certains étudiants, certains intervenants et certaines entreprises en tireront parti alors que d’autres échoueront. Le scientifique en moi exige que la preuve précède l’incorporation de nouveaux outils afin de créer des expériences influentes et durables dans l’avenir. Imaginons par exemple des cours dans lesquels des étudiants et des formateurs se rencontrent, en personne ou à distance. Ici, les étudiants et les enseignants équipés de technologies prêt-à-porter qui « augmentent la réalité » interagissent en utilisant des moyens qui génèrent le meilleur apprentissage pour l’étudiant, dans un environnement où la langue et l’espace physique cessent d’être un problème. Alors que la technologie éducative prêt-à-porter surveille la présentation et le comportement de l’étudiant, changeant simultanément les éléments graphiques, la langue et l’interface pour les faire correspondre aux capacités cognitives de cet étudiant et permettre à celui-ci de maîtriser le plus possible le matériel en temps réel. Mon rôle consiste à maximiser ce qui fonctionne bien dans les méthodes pédagogiques actuelles et d’exploiter le potentiel offert par le numérique : aller de l’avant avec un objectif pédagogique valable plutôt que d’essayer de garder le pas avec l’évolution des technologies.

En tant qu’étudiant, il vous faut acquérir une bonne base dans votre domaine respectif : apprenez les règles, les théories et l’histoire de votre matière, puis élargissez vos horizons. Utilisez l’idée du « fruit du hasard planifié » afin de vous préparer pour les scénarios de carrière A ou B, mais pas pour fermer la porte proverbiale aux scénarios Y et Z, s’ils se présentent.

Les étudiants d’aujourd’hui, malgré leur capacité d’être anonymes ou excessivement désinvoltes, doivent avoir des manières et un comportement extrêmement professionnels. Les bonnes manières importent, car elles déterminent la façon dont vous serez évalué autrement que par vos notes, vos projets, vos articles et votre art. Si vous n’êtes pas capable de faire preuve d’empathie de façon appropriée dans un milieu professionnel, vous risquez de perdre beaucoup. On ne devrait pas sous estimer le pouvoir que peut avoir un comportement professionnel.

Les compétences de l’écriture et de l’écoute, de la gestion d’information, de personnes et de leurs personnalités sont des capacités qui ne seront jamais enseignées par des méthodes didactiques. Les professeurs auront plutôt tendance à vous placer dans des situations inconfortables où il vous faudra travailler avec des gens que vous ne connaissez pas ou, peut-être même, que vous n’aimez pas. Ce sont des situations dans lesquelles vous améliorerez vos compétences professionnelles et où le projet sera bien réalisé. Très peu de carrières offrent la possibilité de travailler de façon isolée, et il est donc très important d’apprendre à contribuer, à collaborer et à canaliser l’énergie du « groupe ».

Mon premier doyen m’a dit en plaisantant, « Timmy, trouve un travail que tu aimes et tu n’auras pas à travailler un seul jour de ta vie ». Cela fait neuf ans que cet établissement me paie, et j’ai peut-être travaillé 50 jours en tout. Je sais que c’est terrible à dire, mais j’adore ce travail. La philosophie de mon doyen est réellement valable.