Quels sont les aspects de votre travail qui vous plaisent le plus?

La variété de décisions qu’il faut prendre et la diversité des gens avec lesquels on dialogue chaque jour à titre de directeur sont extrêmes. Il s’agit de décider quelles œuvres d’art acheter ou exposer, qui inviter à quel événement, ou allouer les ressources, etc. On s’occupe de tout, ce qui rend chaque jour fascinant.

 

Qu’est-ce qui est en train de changer au sein des musées canadiens?

Comme tout autre type d’établissement, les musées essayent de suivre les progrès technologiques. Nous avons d’énormes besoins d’innovation technologique, mais le financement n’est pas toujours constant. Les anciennes sources ne pourvoient plus aux besoins. Les directeurs de musée et même les conservateurs doivent être beaucoup plus conscients du fait que, s’ils veulent qu’un projet réussisse, il leur faut trouver des fonds. Vous devrez être courtois et amical – le genre de personne avec laquelle un riche donateur ou un commanditaire généreux aimerait passer du temps. Les directeurs de musées intellectuels, distants et isolés dans leur tour d’ivoire sont choses du passé.

L’un des plus grands défis est, bien entendu, la valeur de l’art. Notre collection, en tant qu’établissement d’art, aurait besoin de nombreuses œuvres que nous n’aurons jamais les moyens d’acquérir. Ces œuvres coûtent des dizaines de millions de dollars. Le public aime les mêmes choses que les milliardaires, qui sont prêts à payer de vastes sommes d’argent pour un tableau que les gens viendraient admirer en masse. C’est un défi particulièrement difficile à relever pour les petits musées régionaux.

Il y aura une merveilleuse interface entre la technologie et l’art qui permettra aux musées de se concentrer davantage sur les pièces actuelles et sur l’expérience de l’observateur.

Bien que des records en fréquentation de musées aient été atteints dans des villes comme New-York, Londres et Paris, d’autres endroits dans le monde accusent une diminution du nombre de leurs visiteurs pour diverses raisons – notamment la concurrence avec l’Internet pour le temps consacré aux loisirs. Je ne pense pas qu’il soit utile pour les musées de créer des expériences d’art virtuel pour l’Internet afin d’attirer le public car, s’ils le faisaient, ils ne seraient pas en mesure de financer leurs collections et de s’en occuper. Certains aspects de l’expérience virtuelle dégradent également l’art. Quiconque aime la musique ou le théâtre en direct vous dira qu’il est totalement impossible de transmettre l’expérience de l’art au moyen d’une machine. Il est tout à fait irréaliste de penser que l’on puisse avoir une expérience artistique sur son écran d’ordinateur, même si c’est de l’art vidéo!

 

D’après vous, à quoi va ressembler le musée dans 10 à 20 ans?

Paradoxalement, je pense que les musées contiendront davantage d’œuvres d’art. Il y aura une merveilleuse interface entre la technologie et l’art qui permettra aux musées de se concentrer davantage sur les pièces actuelles et sur l’expérience de l’observateur, grâce aux renseignements supplémentaires accessibles au moyen d’un téléphone intelligent. Une augmentation des services de ventes et d’aliments et de boissons transformera les musées en installation d’entreposage de rêve.

 

Comment le domaine de l’art change-t-il au Canada? 

Grâce à la sophistication et au succès grandissants de notre système d’éducation, de la programmation et des communications, l’art canadien va connaître une importance mondiale croissante. Et, alors que le marché de l’art canadien continue de s’élargir, les étrangers vont le considérer de plus en plus comme un investissement sûr. Les artistes canadiens auront ainsi de meilleures possibilités de gagner des auditoires étrangers sans avoir à quitter leur domicile.

Il sera plus difficile d’obtenir un emploi dans les musées, à moins que vous n’utilisiez votre spécialité intelligemment. Les musées ont de plus en plus de difficultés à faire concurrence au marché de l’art pour attirer les personnes qui conviennent, vu les écarts de salaires entre ces secteurs. Notre marché du travail ne peut pas non plus absorber toutes les personnes talentueuses que nos écoles produisent. Tant de jeunes avec lesquels j’ai travaillé ici dans le passé se sont depuis longtemps dirigés vers les États-Unis, le Royaume-Uni ou l’Australie.

 

Quel conseil donneriez-vous aux étudiants intéressés à poursuivre une carrière dans les arts et les musées? 

Si vous voulez travailler directement dans le domaine de l’art et des artistes, vous devez posséder une éducation solide en histoire de l’art. Ce sont des gens qui ont des connaissances poussées, de l’expérience et une bonne formation dans la matière qu’ils ont choisie – que ce soit les anciens maîtres, les reproductions, les photographies ou l’art contemporain. Mais plus vous êtes polyvalent, mieux ce sera. Vous aurez de plus grandes chances de trouver du travail dans un petit musé où la polyvalence est clé.

Vous devez être une personne sensible et franche lorsque vous parlez d’art. Nous aimons les personnes qui comprennent la différence entre un bon et un superbe Lawren Harris, ce qui représente plus qu’un apprentissage livresque. C’est un talent qui ne s’enseigne pas vraiment à l’école, que l’on acquiert uniquement en voyant un grand nombre d’œuvres d’art authentiques et en visitant autant de musées d’art et de galeries que possible.

Les langues sont extrêmement utiles, car une grande partie des renseignements pertinents qu’il vous faudra connaître pourraient être dans des langues autres que l’anglais. Le marché de l’art s’est globalisé au cours des dernières années et les langues étrangères sont donc importantes.

Si vous voulez devenir directeur de musée, une maîtrise en administration des affaires sera toutefois de plus en plus utile, en plus de votre baccalauréat en histoire de l’art, étant donné que les musées d’art diversifient leurs sources de revenus. Il est d’autre part toujours utile d’avoir les mêmes références que vos fiduciaires et donateurs pour ne pas avoir besoin d’un traducteur dans la salle du conseil!