Comment vous êtes-vous intéressé aux façons naturelles dont les enfants s’instruisent?

J’ai débuté lorsque mon propre fils a commencé — et s’est rebellé contre — l’école à l’âge de neuf ans. Pour lui, l’école était une entrave à sa capacité d’apprendre. Nous lui avons trouvé une école alternative, la Sudbury Valley School, différente de tout ce que vous pourriez imaginer : un endroit où des enfants de l’âge de quatre ans jusqu’au secondaire peuvent faire ce qu’ils veulent, à condition de ne pas enfreindre les règles de l’établissement. Ces règles — disposition des déchets, intimidation, etc. — sont appliquées et créées par l’entremise d’un processus qui reflète les idéaux de notre société démocratique. Ce genre de contexte offre toutes sortes de possibilités de faire de choses intéressantes dans un groupe d’âges variés où les jeunes enfants voient et apprennent naturellement en côtoyant des enfants plus âgés. Et les enfants plus âgés apprennent comment être plus adultes et plus obligeants par le biais de leurs interactions avec les plus jeunes, non pas parce qu’on leur a demandé de le faire, mais juste parce que c’est la nature humaine.

Cette expérience m’a mené à effectuer une étude des diplômés de l’école à ce moment-là. En tant que psychologue orienté vers la biologie, j’ai dû poser la question : que savons-nous de la nature humaine de l’éducation? Cela ma poussé à m’intéresser à la culture « chasseur-cueilleur ». Là, les enfants jouent à longueur de journée avec d’autres enfants d’âges variés et, dans le cours de leurs jeux et de leur exploration au sein de groupes d’âges mixtes, ils apprennent tout ce dont ils ont besoin pour réussir dans cette culture. On ne leur dit pas que faire; les enfants jouent et explorent plutôt par l’entremise de diverses activités qui sont cruciales pour devenir des personnes accomplies dans des cultures comme celles de la dance, de la fabrication d’outils, de la construction de huttes ou de la navigation.

Avant de commencer l’école, les enfants apprennent énormément de leur propre initiative — en questionnant les choses, en apprenant dans leur langue maternelle, en posant des questions et en explorant l’esprit des autres. Nous les envoyons ensuite à l’école et nous fermons la porte à tout cela. Nous ne leur permettons plus d’explorer, leurs questions sont remplacées par celles du programme. Lorsque les enfants apprennent dans cet environnement, l’éducation devient juste une série d’obstacles qu’ils doivent franchir. Toute cette curiosité, cet enjouement, cette motivation extraordinaire et la passion d’apprendre sont réduits à néant dans le cours de ce processus. Et nous nous demandons pourquoi cela ne fonctionne pas très bien.

Comment changeriez-vous l’éducation au cours de 10 ou 20 prochaines années?

Je n’imagine pas du tout une classe. Je voie deux possibilités :

L’une serait l’expansion du modèle de la Sudbury Valley school. Elle comprend un bâtiment équipé comme une maison, avec une cuisine, des livres et des ordinateurs. Un autre bâtiment contient aussi des salles de musique, un atelier d’art, une zone de campus extérieure incluant un équipement de terrain de jeux, un étang, un terrain de basket-ball et un bois avoisinant. Au sein d’une petite communauté comprenant le personnel et les étudiants, les règles sont établies en suivant une procédure démocratique par les étudiants et le personnel conjointement. Dans cet environnement, les enfants font ce qu’ils veulent : ils jouent sur les ordinateurs, lisent et discutent de livres ou grimpent aux arbres.

L’autre possibilité serait de poursuivre soi-même son éducation par l’entremise de l’apprentissage en ligne ou en personne, ce qui pourrait se produire que l’on soit ou pas un étudiant d’une école comme Sudbury Valley. C’est vraiment étonnant que l’on puisse trouver des gens en ligne disposés à partager gratuitement leurs connaissances avec vous. En exemple de l’option d’apprentissage, une étudiante de Sudbury Valley est devenue capitaine d’un paquebot de croisière en faisant elle-même son apprentissage auprès d’un capitaine de navire.

La seule exigence de fin d’études à Sudbury Valley et dans d’autres écoles semblables est que les étudiants préparent et soutiennent une thèse démontrant qu’ils sont prêts à assumer les responsabilités d’un adulte dans le reste du monde et dans la société. Les gens peuvent accomplir cela de plusieurs façons. Ils peuvent parler de leurs plans de carrière ou de leurs projets en matière d’études supérieures, de la manière dont ils imaginent leur avenir s’épanouir ou de ce qu’ils ont appris à l’école.

Qu’en est-il du désir des étudiants d’acquérir une fondation de base dans une variété de matières?

Je ne pense pas qu’il faille s’en inquiéter. Une façon de regarder la chose est la suivante : dans notre société, nous possédons une infinité de connaissances dont personne ne pourrait maîtriser même une minuscule fraction. Alors pourquoi devrions-nous dire aux gens quelle fraction de ce savoir ils devraient maîtriser? Laissez les gens trouver leur propre chemin dans ce monde complexe et permettez-leur de découvrir ce qu’ils aiment et de trouver un moyen de se façonner une carrière à partir de cela. Ne décidons pas cela pour eux car nous ne sommes vraiment pas en mesure de le faire raisonnablement.

Qu’est-ce qui vous a attiré vers la psychologie et quels conseils donneriez-vous à des étudiants qui s’intéressent à ce domaine?

 Ce qui m’a attiré vers la psychologie était ma curiosité à propos de la raison pour laquelle les gens font ce qu’ils font. J’ai grandi avec une certaine conscience sociale. Je vous ai parlé un peu plus tôt des aspects positifs des années 50, mais on pourrait aussi en mentionner quelques moins bons : il y avait par exemple beaucoup de préjugés raciaux. J’ai grandi à l’époque du mouvement des droits civils dans lequel mes parents étaient très impliqués pour essayer de rendre le monde plus juste. Alors j’ai commencé à voir ces questions comme des problèmes psychologiques. Pourquoi les gens ont-ils des préjugés? Pourquoi les gens épousent-ils ces opinions? Pourquoi des gens font-ils ce que les autres font, même s’ils se rendent compte que c’est immoral? J’ai ainsi commencé à poser ces questions et la psychologie est le domaine qui les explore.

Je ne pense pas que les problèmes réels dans le monde sont des problèmes techniques devant être résolus par l’entremise de la physique ou de l’ingénierie. Les vrais problèmes sont d’ordre social et sont créés par les humains. La psychologie peut-elle jouer un rôle dans la compréhension des problèmes créés par ces êtres humains, comment sont-ils apparus et, ultimement, que pouvons-nous faire pour changer notre façon de penser et d’agir?